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Le Courant

Automne 2004 | 06

La vieille grange de Corliss Mills

François Gloutnay

Toute cette histoire a débuté en 1994. Ayant établi nos quartiers estivaux à Barnston pour quelques semaines, un geste répété plusieurs fois depuis la naissance de nos enfants, nous en profitons pour rencontrer les gens des alentours.

Plusieurs résidants de Baldwin Mills ont alors l'habitude, le samedi matin, de tenir un marché public où ils offrent légumes frais, confitures et pièces d'artisanat. On peut aussi y rencontrer Elvyn Baldwin pour qui les timbres et cartes postales posés sur la table devant lui ne sont qu'un prétexte pour raconter l'histoire de l'endroit et de ses habitants.

C'est ainsi que ce passionné d'histoire m'expliqua que sur la terre de mes beaux-parents Lynch, située tout près du pont de la rivière Niger, entre Barnston et Baldwin Mills, il y avait autrefois un village appelé Corliss Mills.

Intrigués, mon épouse Monique et moi sommes alors partis à la recherche des traces de ce village. Nous avons rapidement découvert l'existence d'un bureau de poste qui fut ouvert en septembre 1886 puis fermé en janvier 1915 pour des raisons qui nous sont encore inconnues. Les maîtres de postes qui ont eu la responsabilité de ce bureau sont Harvey E. Corliss (maître de poste de 1886 à 1903), Marcel Grandin (1903), George Corliss (1903-1907), Hosea Corliss (1907 à 1909) et Élie Crête (1909 à 1915).

Lors de la demande d'ouverture du bureau de poste, on alléguait que ce bureau serait rentable puisqu'il servirait trente-cinq familles. Le village, nous apprend une lettre de l'Inspecteur des postes E. F. King datée du 10 février 1886, compte déjà six puits, une fromagerie, un moulin à scie et un atelier de forge. Bien que le demandeur et le propriétaire du moulin, Harvey E. Corliss, ait demandé que le nom du bureau soit Corliss Mill, l'inspecteur a plutôt recommandé au ministre des Postes de lui donner le nom de Claribel.

Visiblement, la recommandation de l'inspecteur King n'a pas été retenue. Le nom de Corliss a plutôt été choisi et c'est bien ce nom qui apparaît sur une enveloppe que nous a remise monsieur Baldwin. Datée d'avril 1911 et portant un timbre de deux sous, la lettre est adressée à madame Edwin Gilbert, une résidante de Corliss. Au dos de cette lettre, on trouve une pâle mais précise marque d'oblitération montrant le nom de Corliss, Québec.


LA FAMILLE CORLISS

Que sont devenus les fondateurs de Corliss Mills? Bon nombre reposent dans les cimetières des environs, soit dans le grand cimetière de Stanstead, soit au petit cimetière d'Heathon. Toutefois, les premiers Corliss à s'établir dans la région, John Corliss (1787-1869) et son épouse Salley Heath (1791-1865) sont enterrés près du centre de leur village, au cimetière de Bickford Corner, un terrain aujourd'hui enclavé sur une terre agricole, là où autrefois passait la route menant à Baldwin Mills.

Existe-t-il encore aujourd'hui des bâtiments construits par les Corliss? Voilà une question bien embêtante. Sans doute faudrait-il réviser les titres fonciers des propriétés aux alentours pour connaître les dates de construction des maisons. Mais pour la famille Lynch, il ne fait aucun doute que la grange qui se trouvait autrefois sur leur terre datait de cette époque.

Acquis au milieu des années cinquante, le terrain située sur les bords de la rivière Niger ne comptait qu'une vieille grange qu'il fallut réparer à de nombreuses reprises. Inadapté aux nouvelles méthodes de production laitière, le bâtiment de ferme sera finalement démoli en 1972, il y a déjà une trentaine d'années.

Cette grange existe dans la mémoire de mes beaux-parents et des enfants Lynch. Lors des réunions familiales, ils en racontent souvent la vétusté des lieux mais aussi le plaisir qu'ils ont eu à y jouer, se cachant dans les multiples recoins et évitant les toujours plus nombreux trous dans les planchers de la portion la plus ancienne du bâtiment. Des beaux souvenirs pour cette famille. Et un grand regret: on ne possède aucune photographie de la vieille grange des Lynch... et des Corliss!


INTERNET À LA RESCOUSSE
Nos recherches sur cette famille pionnière ont permis d'établir la descendance de John Corliss et de Salley Heath. Dans un forum généalogique du naissant réseau Internet, nous avons alors déposé une note à l'intention des chercheurs. Au hasard de leurs recherches, s'ils découvrent des Corliss ayant habité au Québec et souhaitent examiner de la documentation à leur sujet, il nous ferait plaisir de leur remettre nos humbles notes sur le village de Corliss Mills.

Un dimanche soir de novembre 2001, lisant mes courriels, je scrute ce message laissé par une internaute des États-Unis, d'Atlanta plus précisément, qui m'explique qu'elle vient d'ajouter dans son arbre généalogique une génération de Corliss ayant vécu au Canada. «Je ne sais rien sur ces gens, écrit-elle, mais j'aimeras bien examiner vos notes pour voir si on peut les relier à ma famille». C'est en fouillant dans l'album photographique d'une vieille tante que notre correspondante, Pa Russell, a découvert ces ancêtres.

Les dernières phrases de son courriel sont particulièrement étonnantes et m'ont obligé à relire plus d'une fois le message. «Ma tante possède une photographie montrant une grange. À l'endos, on peut lire l'inscription manuscrite suivante : grange de grand-père Corliss à Corliss Mills»!

Est-ce possible qu'une généalogiste de Georgie, au sud des États-Unis, ait une photographie d'un bâtiment ayant appartenu à l'un ou l'autre des Corliss d'ici? Je lui écris aussitôt, l'assurant de lui remettre toutes mes notes si elle veut bien m'acheminer cette photographie.

Le lendemain matin, mon premier geste est d'aller vérifier mes courriels pour constater qi cette dame Russell m'a effectivement répondu a joint à son message deux images, soit un bât ment de ferme et la fameuse note manuscrite rédigée à l'endos de la photo.

Monique Lynch n'a eu aucune hésitation. La photographie qui apparaît sur l'écran de l'ordinateur est bien «sa» grange, celle qui fut démolie en 1972. De ton sépia, la photo a été prise du pont en bois qui enjambait alors la rivière Niger et montre un bâtiment en très bon état.

Cette photographie unique, bien que non datée, prouve hors de tout doute que la vieil] grange située tout près de la route reliant Baldwin Mills à Barnston, a bel et bien appartenu à des descendants de John et de Salley Corliss, les pionniers du petit village de Corliss Mills, un hameau aujourd'hui lui aussi disparu.

Le Courant

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