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Le Courant

Automne 2007 | 09

La république de l'Indian Stream

Isabelle Hachey

Il était une fois... la République de l'indian Stream
Les péquistes qui s'efforcent de réunir les « conditions gagnantes » pour former un éventuel pays souverain n'ont rien inventé. Il y a 167 ans, une poignée de fermiers fatigués des chicanes constitutionnelles entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis créaient la République de l'Indian Stream, un minuscule État indépendant, au sud du Québec! Neuf juillet 1832. Les hommes de l'Indian Stream, bottes boueuses aux pieds, sont réunis dans une petite école, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Sherbrooke. Ce jour-là, ils votent à 56 contre trois en faveur de l'adoption d'un gouvernement indépendant et d'une constitution en 13 articles. La République de l'Indian Stream est née, et tiendra bon pendant quatre petites années.
Cette indépendance impossible, qui est passée dangereusement près de faire basculer deux pays en guerre, constitue une parenthèse méconnue de notre histoire. Elle tire ses origines d'une simple erreur de cartographie, commise en 1775. Une erreur banale à l'époque la région était toujours sauvage, qui n'aurait probablement jamais eu de conséquences si la carte en question n'avait pas été utilisée pour établir la frontière entre le Canada et les Etats-Unis après la conquête anglaise, lors de la signature du traité de Versailles en 1783.

Pendant les 59 années qui suivront, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis se disputeront un territoire d'environ 200 000 acres, situé à l'extrême nord du New Hampshire entre le torrent Halls au nord-ouest (la frontière selon les Américains) et la rivière Connecticut au sud-est (la frontière selon les Britanniques).

Chicane entre deux pays

En 1796, quatre hommes prospères du New Hampshire « achètent » le territoire au vieux chef algonquin surnommé King Phillip, pour un peu de rhum, de la nourriture, des vêtements et un modeste toit pour lui et ses deux squaws. Le territoire est ensuite vendu pour 5 000 $ à l'Eastman company, qui se lancera avec un autre spéculateur, la Bedel Co., dans le développement des terres. C'est ainsi que peu à peu, l'Indian Stream se peuple de colons venus tant du nord que du sud afin de profiter des terres libres et fertiles de la région. Entre-temps, des arpenteurs des deux pays ont établi ce qu'ils estiment, chacun de leur côté, être la frontière. Dans la vallée, certains colons croient qu'ils sont Canadiens, d'autres Américains. Mais ils ne s'en soucient guerre; ils ont bien davantage la récolte des foins en tête. Mais les politiciens des deux pays n'en finissent pas moins de se quereller et de revendiquer le territoire. Après des années de disputes qui font monter la tension parmi les hommes de différentes allégeances de l'Indian Stream, ils demandent au roi des Pays-Bas de jouer à l'arbitre. En janvier 1831, ce dernier accorde le territoire au Canada. Mais le Congrès américain rejette la décision l'année suivante, en juin, prétextant que le roi néerlandais a fait preuve d'une méconnaissance complète de la géographie locale... C'en est assez pour les hommes de l'Indian Stream, confrontés depuis des décennies à un avenir incertain. Un mois plus tard, la constitution de l'Indian Stream, un « État libre, souverain et indépendant », est adopté. Elle donne notamment à la soixantaine de familles le droit de créer leur propre gouvernement, le droit à la liberté de religion et d'expression, le droit à la vie, à la liberté et à la propriété. Et il en sera ainsi, décrètent les citoyens, jusqu'à ce que la frontière soit définitivement fixée.

Un court âge d'or

La République connaît un court âge d'or, jusqu'en 1834. Elle se dote d'une milice, de systèmes de justice et de perception de taxes, et garantit aux familles des biens de première nécessité, dont une vache, sept moutons, trois tonnes de foin, du grain, des outils, un fusil, des patates et du sel. Mais les choses s'enveniment rapidement, fin 1834, un citoyen est arrêté par John H. White, un shérif du New Hampshire, pour des dettes impayées. Le geste est considéré comme une violation du territoire de l'Indian Stream, mais appuyé par Washington, qui ne reconnaît évidemment pas la République. Puis, un citoyen pro-américain est arrêté, cette fois sous les ordres d'un magistrat canadien, Alexander Rea, d'Hereford, qui offre sa protection aux indépendantistes. D'autres arrestations suivent. La tension monte une fois de plus. Le 22 octobre 1835, Alexander Rea ordonne l'arrestation d'un shérif pro-américain, aussitôt délivré par ses compagnons. Le même jour, une centaine de citoyens du New Hampshire, armés et enivrés par le rhum, se rendent à Hefeford pour capturer des indépendantistes; John H. White leur a promis quelques dollars et des bouteilles de rhum en récompense. Plusieurs coups de feu sont tirés. Un policier canadien est gravement atteins. Alexander Rea, blessé au sabre, est fait prisonnier. La situation est explosive. Une grande majorité de citoyens de la République demandent la protection de Canada, en vain. En novembre, deux semaines après que des Américains eurent blessé un juge et un policier en sol britannique, les États-Unis envoient ses milices envahir l'Indian Stream, un territoire revendiqué par la Grande-Bretagne...

Les milices américaines envahissent la République
Les milices occupent le territoire de l'Indian Stream jusqu'en février 1836. Plusieurs dirigeants sont jetés en prison. Sans l'appui de la Grande Bretagne, occupée à mater ses propres insurgés les Patriotes de 1837 les citoyens renoncent à leur indépendance et le territoire est annexé à la ville de Pittsburg, New Hampshire, en 1840. La dispute de 59 ans prend fin avant qu'elle ne dégénère en guerre, le 9 août 1842, avec la signature du Traité Webster Ashburton; la frontière restera telle quelle. Les Américains ont gagné la partie. Aujourd'hui, il reste peu de traces de la petite République. Quelques pierres tombales dans les cimetières de la vallée, une plaque commémorative à Pittsburg, la vieille école devenue une résidence privée... Cette surprenante histoire est aussi très peu documentée, une rare exception de 260 pages qui se lit comme un roman : Indian Stream Republic, Setting a New England Frontier, 1785-1842, de Daniel Doan (University Press of New England).

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