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Le Courant

Automne 2002 | 04

L'art rupestre à Coaticook et dans les Cantons-de-l'Est

Daniel Coulombe



L'Estrie est une terre de prédilection pour le paranormal et l'étrange. À preuve, le site Ufoland de Raël à Valcourt, le monstre Memphré à Magog, et toutes les histoires concernant l'art rupestre! Malheureusement, peu de gens expliquent ces pierres par la science, la plupart leur octroient une origine celtique d'avant Christophe Colomb; ou encore les attribue aux phéniciens, leur .apporte une explication extra-terrestre. Bref, de quoi en perdre son latin.

En réalité, en Estrie, il existe un seul pétroglyphe (gravure sur pierre) d'origine anthropique. Des chercheurs de l'Université Laval étudient présentement la pierre qui sera éventuellement exposée au musée du Séminaire de Sherbrooke. Cette pierre a été découverte à Bromptonville dans les années 1960. Plusieurs écritures et dessins incitent à croire qu'elle date de plusieurs époques : notamment de la période de contact (entre amérindien et européen) - d'ici la publication du rapport, c'est donc une histoire à suivre.

Les pierres de Sainte-Edwidge-de-Clifton

En 1964, à Sainte-Edwidge-de-Clifton le fils d'un fermier observe sur trois pierres d'étranges inscriptions - de petites bandelettes d'écriture sur des blocs de gneiss. Les trois pierres (plus ou moins lm x lm x 40 cm), découvertes sur la ferme de monsieur Hervé Ménard attirent les curieux et la revue Actualité qui, en mars 1977, publie un reportage pseudoscientifique sur le sujet. Cette même année, le ministère des Affaires culturelles exige de faire le point sur la situation. Le géomorphologue Jean-Marie Dubois et le géologue Jacques Gérard produisent un rapport (1) sur l'expertise géologique de ces pierres et leur conclusion est sans équivoque : « les inscriptions sont dues à des causes entièrement naturelles d'ordre géologique. » Le phénomène en question est caractéristique de ce type de roche, à refroidissement très lent, qui se dote d'une structure macro-cristalline et dont les minéraux peuvent ressembler à une structure graphique.
Quoi qu'il en soit, par la suite, les pierres sont demeurées dans l'ombre. À l'automne 1995, toutefois, une des trois pierres a été déménagée au Parc de la Gorge de Coaticook devant le site du kiosque géologique afin d'y être exposée.

Ce type de pierre non anthropique peut se comparer aux pierres de Beauvoir, dont une est toujours exposée au Musée du Séminaire Saint-Charles Borromée de Sherbrooke. Découverte au tournant du XIX' siècle, la pierre ovoïde, composée de granite rose (76 x 48 x 43 cm), est une roche sédimentaire métamorphique siliceuse. Les inscriptions ou les marques que l'on y retrouve sont en fait des alvéoles dues à de la dissolution dans des strates dolomitiques.

Le canton de Potton
Le palmarès des pierres supposées anthropiques en région aurait pu en demeurer à ces deux cas si cela n'avait été de la propagande touristique des sites à prétention rupestre situés dans la région de Mansonville. Monsieur Gérald Leduc, un autodidacte très connu du milieu scientifique pour ses hypothèses pseudo-scientifiques, fait la promotion de pétroglyphes, de tumulus, de cairns (monticules de pierres), d'un vieux moulin dont les ruines sont datées, au carbone 14, d'avant 1500 A.A. - selon ses dires.

Pour l'instant, et c'est malheureux, ces pétroglyphes font de Potton un haut-lieu du patrimoine estrien - alors que pour la communauté scientifique, Potton se classe parmi les trois grands attraits paranormaux en Estrie, juste aux côtés du monstre Memphré et du site Ufoland. Si, à plusieurs reprises, les archéologues et géologues du Québec se sont objectés contre les écrits de Gérard Leduc, que peuvent-ils faire contre la promotion médiatique et touristique de ce dernier? Que peuvent-ils dire lorsque Gérard Leduc clame tout haut ses théories lors de l'exposition Arkeo Potton (portant sur les « pétroglyphes laissés par une culture disparue » à Mansonville), et même, en 1995, comme exposant à la journée des Célébrations de Patrimoine Canada? En fait, Gérard Leduc s'intéresse à l'archéoastronomie - une pseudoscience depuis plusieurs années. Ces travaux sont le résultat de nombreuses années de recherche qui supportent plusieurs hypothèses - hypothèses qui ont varié au cours du temps, allant des Celtes, Norrois, Phéniciens venus d'outre-Atlantique et qui se seraient établis en Amérique bien avant Christophe Colomb jusqu'à une culture autochtone disparue (vers le 14` siècle), mais qui possédait une technologie très avancée.

Tous les individus soutenant les hypothèses de Leduc affirment être en possession de plusieurs preuves. (2) À de nombreux endroits, on retrouve des cairns. Sur les cairns, il est fréquent de retrouver une pierre de quartz, présence supposant une sorte de rituel. Ces cairns, positionnés de manière à vérifier les levers et couchers du soleil, temps stratégiques pour identifier les solstices et équinoxes, dateraient d'environ 2000 ans! Mais, selon la science, ces supposés « cairns » ne sont rien d'autre que des vestiges d'origine naturelle ou coloniale. On peut les comparer au tas de roches que l'on retrouve dans les champs, dans les boisés de certaines terres agricoles.

La thèse d'une occupation européenne trouve appuie également dans les ruines d'un vieux moulin hydraulique, sis à proximité des pétroglyphes. Ce moulin daterait du XIII' siècle - pour le milieu scientifique, il s'agit d'un moulin du XIXe siècle.

Une autre preuve indéniable est le site connu sous l'appellation « site Jones ». Pour l'instant, les défenseurs des hypothèses de Leduc écartent la thèse amérindienne en raison de l'absence de motifs figuratifs, mais proposent l'hypothèse d'origine celtique - ou du moins son influence. Les adeptes de Leduc valident cette hypothèse par l'interprétation des signes sur la pierre qui seraient ou rappelleraient l'écriture Ogham. (3)

Ces dernières années, Gérard Leduc prononce un discours plus nuancé quant à l'occupation humaine ancienne des Cantons-de-l'Est - ce ne sont plus seulement les Européens, mais cela pourrait être une civilisation amérindienne très avancée. Il continue, cependant, à reprocher l'indolence et l'inertie du ministère de la Culture et des Communications du Québec. Il persiste à croire que les marques du site Jones possèdent une organisation structurée et sont d'origine anthropique, faites à l'aide d'outils métalliques. Évidemment, les supporters de Leduc écartent du revers de la main toutes les études réalisées à différentes occasions et surtout le rapport commandé, en 1991, par le ministère des Affaires culturelles et qui regroupait plusieurs scientifiques : les géologues Marcoux et Marquis, le géomorphologue Dubois et l'archéologue Morin. Les supporters de Leduc rejettent donc la thèse non anthropique et se tournent plutôt sur l'existence des pétroglyphes, pierres gravées intentionnellement par main d'homme et non aléatoirement par le soc d'une charrue lors de travaux agricoles!

Le muret de pierres à Baldwin's Mills
Dans la MRC de Coaticook, on retrouve un de ces types de muret de pierres sèches - en Estrie, on en retrouve peu et il semble qu'il n'en existe aucun dans le sud-est du Québec. Il est situé près de Baldwin's Mills, à proximité du chemin Goudreau, en plein milieu du boisé. Les murets de pierres sont fréquents de l'autre côté des frontières - les états du New Hampshire, Massachusett, New York et Vermont. Plusieurs sont faits de pierres taillées, d'autres de débris glaciaires provenant de l'épierrage de champs. Quoi qu'il en soit, ces murets n'ont rien de paranormal bien que leur construction a souvent exigé d'importantes sommes d'énergie et de temps. Leur raison d'être peut varier quoi que la plupart fût destinés à la division de terrain. Parfois, ils sont localisés dans des endroits incongrus, comme au sommet des montagnes. Ces murets coïncident avec l'arrivée des colons au Québec, d'une influence des anglophones venus des États-Unis.

En guise de conclusion...




Selon les travaux de l'archéologue Daniel Arsenault (4), une sommité au Québec et ailleurs dans le monde en ce qui concerne notamment l'étude pluridisciplinaire et comparative des sites rupestres du bouclier canadien, actuellement, on aurait recensé dans la province, une dizaine de sites rupestres. Aucun en Estrie.


Notes

(1) DUBOIS J.M.M. et GÉRARD Jacques, Activités Archéologiques 1977-1978, Expertise géologique de deux pierres à inscriptions « Attribuées aux Phéniciens » dans les environs de Sherbrooke, Coll. « Dossier », n° 49, ministère des Affaires culturelles, Direction générale du Patrimoine, 1978, 28 p. (2) Cela va d'un bouton à une « mystérieuse tête de gargouille qui fut retrouvée dans le cours du ruisseau à environ 2 kilomètres en aval du site Jones possédant des affinités stylistiques avec la production artistique celto scandinave datant des années 14451480. »
(3) Selon les adeptes de cette théorie, l'écriture aurait été « développée par les Celtes d'Irlande et du Pays de Galles pendant le milieu du premier millénaire de notre ère. L'Ogham se caractérise par l'utilisation d'un support rocheux ou en bois pour y inscrire des traits placés en perpendiculaire ou en oblique le long d'une ligne horizontale, quelquefois combinés pour former des motifs plus complexes tels des losanges ou des hachures. L'agencement de ces traits renvoie à des consonnes et à des voyelles formant des mots du vocabulaire celtique. » Voir les sites d e s
défenseurs des hypothèses de Leduc
(4) Voir notamment : avec L. Gagnon et D. Gendron, « Investigations archéologiques au sud de Kangirsujuaq et au site à pétroglyphes de Qajartalik (JhEv-1), détroit d'Hudson, Nunavik », Études/Inuit/Studies, n° 22, 1988, p. 77-115; avec L. Gagnon, « Pour une approche sémiologique et contextuelle en archéologie rupestre du bouclier canadien. » L'éveilleur
et l'ambassadeur. Essais archéologiques et ethno historiques en hommage à Charles A. Martin, série « Paléo-Québec », n'27, 1998, p. 213-241; « Monuments, images et pratiques rituelles. Vers une archéologie du paysage rituel», Les espaces de l'identité, p. 260-279.

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