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Le Courant

Automne 2003 | 05

Le magasin général de Baldwin Mills

Yves Robillard

Principal espace communautaire durant 75 ans, il était situé à l'emplacement de l'actuel 1924, chemin Lyon. Construit en 1899, il fut détruit en 1975.

Cet édifice imposant n'était pas le premier magasin général de Baldwin's Mills. Sur une photo datant d'avant la construction de l'Église Unie en 1888 (1), on voit à son emplacement une maison de 2 étages et de l'autre côté du chemin, la maison ancestrale, « the old red bouse », où serait né le fondateur de Coaticook, Richard Baldwin jr. en 1808. C'est en 1805, que Levi Baldwin (1753-1830) se serait installé à la décharge du lac maintenant appelé Lyster, près de l'endroit où il y avait déjà un moulin à scier le bois qu'il exploitera. Mais il faut attendre en 1855 pour que son fils John Percival (JP) (1822-1892) achète les terrains et relance l'entreprise familiale. Après lui, il y aura son fils Willis Keith (WK) (1857-1935) et son petit-fils Harold F. (HF) (1886-1975).

D'après Elvyn Baldwin (2), fils de HF, « WK en 1880 à 23 ans a installé le premier bureau de poste dans une maison de Baldwin's Mills; on ignore laquelle! Puis, la même année, il a construit le premier magasin général dans lequel il transporte le bureau de poste. Et quand ce magasin a été détruit par le feu, le 24 mars 1898, le bureau de poste a été momentanément localisé dans le old red bouse, avant d'être installé dans le nouveau magasin général. Ce bureau de poste fût fermé le 15 août 1915 ».

Le nouveau magasin.

Dans le Record du 18 mai 1899, on peut lire: « Mr Frank Molway is at Baldwin's Mills laying the foundation for W.K. Baldwin's store. Building of the store is contracted to W.G.Belknap of Baldwin's Mills (3). Selon Clarence Lusty, un résident actuel, le magasin coûta $600.-, auquel on ajoutera $100.- pour un total de $700.-.

Le magasin de 40x80 pieds avait 3 étages. Il était tout en bois peint blanc et son toit en bardeaux rougeâtres. Les plafonds étaient en frêne brun et les murs et portes en bouleau. A l'intérieur, le bois était recouvert d'un vernis faisant ressortir la couleur naturelle. Au premier étage, il y avait les articles concernant l'épicerie et la quincaillerie. Au deuxième, à une époque donnée, coté village, les vêtements, et coté lac, l'appartement du gérant. Selon Elvyn Baldwin, à certains moments, il y eut 2 familles logeant au 2ème. Enfin au 3ème, c'était la salle communautaire.
Merrick Belknap parle de « town hall where political rallies, community events and parties were held » (4), Elvyn Baldwin de « slide shows, Christmas concerts ». Il se souvient d'avoir assisté à certaines assemblées politiques, qui durent cesser à cause des assurances, affirme-t-il. Il ajoute que la communauté catholique, avant la construction de son église en 1948, se servit aussi du 3ème étage pour ses offices religieux : en 1938, on y célébra le double mariage d'Yvette Devost avec Denis Valade et d'Irène Devost avec Ovila Cabana jr. . Enfin, Madame Velda Lyon Patterson (5) se rappelle que les pièces de théâtre de l'école de rang où elle allait de 1939-44 étaient présentées dans cette salle.
Il y a eu plusieurs vols au magasin général. Dans le Stanstead Journal, on peut lire que le 8 mai 1900, il y a eu un vol de $160.-, ce qui nous indique que la construction du magasin, commencée le 18 mai 1899, était terminée. Le 16 juin 1903, dans le même journal, on peut lire : « W.K. Baldwin's store robbed of $50 or $60. Ladder used to reach upper floor. No goods taken »(6). Mais le vol le plus important fût celui menant à l'assassinat de WK. En voici le résumé d'après les récits des divers journaux (7).

L'assassinat de W. K. Baldwin.
Jeudi, le 18 avril 1935, un peu avant 19 heures, M. Les Washburn se présente au magasin pour acheter du pain et trouve la porte verrouillée. WK (78 ans) avait toujours l'habitude de souper au magasin pour accommoder les clients. Il demande ce qui se passe à Jos White au moulin en face. Ce dernier va à la maison des Baldwin et revient au magasin avec Mme H.F. Baldwin (Ruth May), sa nièce Ella May, et la clé. Se joignent au groupe le fils de Jos, Sidney White, vivant dans la maison ancestrale, tout juste à côté, et Seth Blake, garde de chasse et de pêche. Et ensemble, ils vont trouver WK, caché derrière un comptoir, les mains ligotés derrière le dos, un bandeau sur la bouche remplie de papier.

Il a reçu un bon coup sur l'arrière du crâne, mais est à peu près conscient. Il va mourir d'hémorragie cérébrale dans le traîneau (sleigh) l'amenant à Barnston, car le chemin entre Baldwin et Barnston était impraticable pour les automobiles en cette période de l'année. Le meurtrier est arrêté le lendemain à St. Albans. Il s'agit de Kenneth Brown (35 ans) de Milton, Vermont. On arrête aussi celui qui avait planifié le coup, Lucien Red Morin (26 ans), cordonnier à Barnston. Le butin fût mince. Le tiroir-caisse avait été vidé, mais on trouva la clé du coffre-fort brisée dans la serrure permettant de l'ouvrir. Les bandits avaient espéré y trouver le montant que l'assurance avait payé à WK pour l'incendie de sa manufacture de boites de bois et cadres de fenêtres un peu plutôt dans l'année.

Il n'y avait pas de locataire au 2ème étage lors de ce vol. Et on constate que WK s'occupait activement du magasin. Mais ce ne fût pas toujours le cas, puisque de 1917 à 1930, il fût député libéral à Ottawa et devait s'y rendre régulièrement. Il est impossible de dresser une liste exhaustive de tous ceux qui ont travaillé au magasin et habité l'appartement. Une Miss Jessie Lego Carter, qui deviendra par la suite Mme John E. Markwell, travaillait au magasin du temps de WK. En 1912, W.G Belknap lui construit une maison l'actuel JBARC) qu'achètera Dannis J. Coté en 1940. Merrick Belknap dit que vers 1910, M. Heghrington s'occupait de la tenue de livres pour le magasin et habitait l'appartement. Elvyn Baldwin ajoute qu'un couple de retraités, M. et Mme Ed Hall, ont aussi vécu dans l'appartement. En 1917, le feu ravage la maison de WK, qui ne sera reconstruite qu'en 1921, l'actuelle maison en pierres du 1953, chemin Lyon. Durant ce temps, WK occupe l'appartement du magasin. Est-ce que ses 2 fils habitaient avec lui en même temps? C'est possible puisque HF se marie le 21 janvier 1921, et que Mead Haskell meurt le 17 février 1921 des suites de ses blessures de guerre. « Burt Baldwin qui n'était pas parent avec nous, dit Elvyn Baldwin, travailla aussi au magasin et occupa l'appartement. Et Wilson May, né en 1929, ajoute que c'était du temps de ses parents.


Gérants et locataires après 1935.
Avant et après la mort de W.K., Adam Goldie, le père du dernier forgeron local, Charlie Goldie, travailla au magasin, puis Raymond Allard qui habita l'appartement avec son fils John Henry. Il semble que Roland Racicot, futur avocat, et futur gendre de HF (il épousera sa fille Ruby en 1943) s'occupa aussi du magasin avec le fils aîné de HF, Keith (né en 1922) et ses frères Elvyn (né en 25), Richard (né en 31) et Lester né en 33). De 49 à 51, Wilson May (20-22 ans) est gérant du magasin et occupe l'appartement.
Durant l'hiver 51, le jeune couple Angus et Velva Patterson (22 ans) habite l'hôtel Coté (JBARC), loué à Burt Gandolfo. Ce dernier, un homme dans la quarantaine, marié et père de 2 enfants, sera gérant au magasin jusqu'en 57. Burt Gandolfo avait rencontré Roland Racicot dans l'Aviation Royale du Canada au cours de la guerre. Il arrive à Baldwin's Mills en 45. Roland Blake (67 ans) me dit qu'il habita l'appartement à partir de 1953 avec sa mère Florence White Blake et son frère Jos.. Roland quitta en 1955 à 19 ans pour travailler comme cheminot. En 57, Maurice Hébert s'occupe du magasin. En 58, Wilson May reviendra y travailler pendant un an : il a maintenant sa propre maison. Puis, c'est à nouveau Jos Blake, sous la direction d'HF. Enfin en 62, Ovila Cabana jr. loue le magasin d’HF. Et de 62 à 68, c'est sa fille Gabrielle (future Madame Jacques Boucher), qui en est responsable. Maurice Hébert, sa femme, et ses 3 premiers enfants, habiteront l'appartement durant l'automne et l'hiver 63-64. Enfin en 68, M. Cabana quitte le magasin et construit son propre dépanneur, situé à l'angle des chemins May et Cabana, l'actuel Serv-Max.
L'apparence extérieure du magasin a peu changé au cours du temps. Sur une photo des années 50, on voit que le coté lac de l'édifice (sud-ouest) est recouvert d'un carton imitation brique. Wilson May me dit que cela remonte avant 49, et que les 3 autres cotés étaient toujours en déclins de bois.


La Boutique Renaissance.


Le 16 juillet 1970, le magasin est vendu ($14,000.-) à Alex Moses, un juif roumain qui dans sa jeunesse s'était évadé d'un camp de concentration. Agé de 45 ans, venant de Montréal, ce n'était pas un étranger à Baldwin's Mills puisqu'il y avait un chalet depuis une quinzaine d'années. Ce sera la seconde vie du magasin. Il y fait de grandes transformations. D'abord le revêtement extérieur retrouve son éclat par la pose de déclins en plastique blanc. Il nomme le magasin « Boutique Renaissance » et vend principalement de la lingerie fine, bien que selon certains, on puisse également y trouver de tout, si on n’est pas trop soucieux de la provenance des marchandises!

Au 2ème étage, il transforme l'appartement en véritable « Caesar's Palace » selon l'avis de plusieurs. On peut d'ailleurs voir sur les murs de son magasin plusieurs photos de son appartement (pour les assurances, m'affirme un résident qui l'a bien connu!). Enfin, au 3ème, il organise de nombreuses réceptions (party-ies) aux grandes fêtes de l'année et durant l'été, et en profite alors pour offrir à ses invités de nombreux présents. Cette seconde vie durera 5 ans. Car le 19 oct. 1975, un incendie rase l'édifice de fond en comble. Il y a plusieurs témoins de cet événement. Cela avait commencé la veille par une super-fête!


La super-fête et l'incendie.

« Il y avait au moins 70 personnes, dit un des invités Clarence Lusty, et de ce nombre une trentaine venaient de Montréal et nous étaient inconnus. Tout était gratuit. La femme d'Alex, Amelia avait préparé la nourriture. Leurs deux enfants, une fille de 15 ans, et un garçon de 18 ans, n'étaient pas là ce soir-là ». « Il y avait des cadeaux pour chacun », dit un autre invité, Merrick Belknap. La fête se termina à 1.30 hrs du matin, et à 2 hrs, le magasin était en flammes. Les voisins immédiats des Moses étaient les Patterson. « Affolée Madame Moses, dit Angus Patterson jr., est venue frapper à la fenêtre du coté, criant qu'elle ne pouvait trouver son mari. Mon père Angus sr. et mes deux frères, Bruce et Ronnie sont allés l'aider ». « Je venais de me coucher, dit Clarence Lusty, un autre voisin, quand Angus sr m'a prévenu. Nous nous sommes précipités sur les lieux et avons vu Alex Moses débouler l'escalier rempli de fumée. Il était blessé et Angus et moi l'avons amené à l'Hôpital de Coaticook dans sa Cadillac noire, d'où il a été transféré au Chu de Sherbrooke. Ma femme et la famille d'Angus ont surveillé toute la nuit pour que les tisons ne brûlent pas nos maisons. Aucun pompier n'est venu. Et Alex Moses s'en est sorti presque indemne ». De l'avis d'un grand nombre de gens du village, cet incendie était d'origine criminelle. Mais cela n'a jamais été prouvé. Deux ans après, le 21 juin 1977, Alex Moses vendait le terrain à Richard Tremblay. Ce dernier s'y construira une magnifique demeure qu'il habita jusqu'en 91, puis vendit aux propriétaires de Ferme de Fourrure Laperle. Depuis le 8 mai 2001, André Saint-Onge, comptable, en est propriétaire.

Notes

(1). L'original de cette photo appartient à Esther Baldwin de Stanstead. Elle m'a été fournie par Merrick Belknap né en 1922 à Baldwin's Mills. Son père, Walter George Belknap (WG) était maître charpentier et directeur de la première pisciculture (190040). Merrick Belknap est l'historien et l'archiviste de Baldwin's Mills. Il a publié plusieurs articles dans le Stanstead Historical Society Journal. Sa connaissance et son fond d'archives sont impressionnants. Il a mis tout cela à ma disposition, et je l'en remercie beaucoup.
(2). Elvyn Baldwin, né en 1925, est l'historien de la famille Baldwin. Je le remercie beaucoup pour toutes les informations qu'il m'a fournies.
(3). Traduction : « M. Frank Molwav est à Baldwin 's Mills pour faire les fondations du magasin de WK, Baldwin. La construction du magasin a été donnée en contrat à WG. Belknap de Baldwin's Mills.
(4). Merrick Belknap, « Biography Walter George Belknap », dans « The Stanstead Historical Society Journal », vol. 14, 1991, pp.55-61. (5). Les trois voisins immédiats de l'ancien magasin sont les Patterson, les May, et les Lusty. Madame Velda Lyon Patterson est arrivée à Baldwin's Mills à l'âge de 7 ans. Elle est l'épouse de feu Angus sr Patterson. Wilson May fait partie d'une. famille pionnière du canton de Barnston. Son arrière-grand-père, Darius May habitait à l'endroit de la ferme d'Elvyn Baldwin. Son grand-père, son père et lui-même ont toujours vécu à Baldwin's Mills sur ce qu'on appelle aujourd'hui le Chemin May. Wilson Mav et son épouse Lydia Ham n'étaient pas chez eux le soir de l'incendie du magasin général. Clarence Lusty est l'époux de Marjorie Belknap, la nièce de Merrick Belknap. Depuis sa retraite de la pisciculture, M. Lusty fait de la peinture et de la sculpture, domaines dans lesquels il excelle. Leur fille, Kathy Curtis, est archiviste de la Société Historique de Stanstead. Je remercie tous ces gens et leurs familles pour l'information qu'ils me fournissent.
(6). Traduction : « Il y a eu un vol de $50. ou $60. au magasin de WK. Baldwin. Une échelle a été utilisée pour atteindre l'étage supérieure. Aucune marchandise n'a été dérobée ». (7) The Stanstead Journal, thursday, april 25, 1935: The Record, nov. 23, 1983.

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